Centrafrique : Encore un pasteur condamné à cinq ans par la Cour pour exorcisme

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Centrafrique : Encore un pasteur condamné à cinq ans par la Cour pour exorcisme

BANGUI, 15 Janvier 2020 (RJDH) --- La Cour d’Appel de Bangui dans sa session criminelle a rendu son arrêt ce mardi 14 janvier dans les affaires le ministère public contre quatre personnes, dont une femme et un pasteur en les condamnant à des peines allant de 3 ans à 8 ans d’emprisonnement. Elles sont condamnées pour coup et blessures volontaires ayant entrainé la mort d’une mineure de 7 ans dans la cellule de prière Beth Saïda dans le 8ème arrondissement de Bangui.

Les faits remontent au mois d’aout 2018, lorsque quatre enfants issus de la famille Kakobanga ont été accusés de sorcellerie par leur marâtre, Vanessa Leticia Féïkomna. Ces enfants ont été transférés dans une cellule de prière dénommée Beth Saïda pour être exorcisés par un prophète, réputé être un professionnel en délivrance des « enfants sorciers ».

Au cours de ces pratiques d’exorcisme, ces enfants ont subi des mauvais traitements d’abord, des mains de leur oncle à la maison avant de les soumettre à un régime de jeûnes dit « Esther, Daniel » qui s’étale sur une période de trois à 21 jours avec privation d’eau et de nourriture, dans ce lieu de culte, situé dans le 8ème arrondissement. 

L’un des enfants, Flore Kakobanga, ne pouvant supporter le supplice auquel elle et ses sœurs sont soumises, et ce pendant des jours et mois, a trouvé la mort suite de ces mauvais traitements inhumains et dégradants dans ce lieu de prière.

Le ministère public, représenté par Benoit Narcisse Fokpio, 2ème avocat général a requis la peine des dix ans des travaux forcés pour les quatre personnes inculpées, « les quatre accusés sont déclarés coupables des faits qui leurs sont reprochés, selon les articles 108 et 109 du code pénal centrafricain. Ils sont susceptibles de condamnation à dix ans des travaux forcés. Le cas de Ndongomalet Dieudonné Siméon, greffier de son état, revient à la charge de la Cour conformément à la loi », a requis le 2ème avocat général.

La sentence prononcée par le président de la Cour d’Appel de Bangui, Jacques Ouakara, est tombée différemment sur les quatre personnes dont, « Dieudonné Siméon qui est condamné à 8 ans d’emprisonnement ferme, Vanessa Leticia Feïkomna à 5 ans, Georges Sonitet (le pasteur) à 5 ans et Jean Bertrand Bangué à 3 ans d’emprisonnement », a jugé la Cour. Ils sont condamnés à verser 15 millions de FCFA à la partie civile représentée par Me Odile Kakobanga et un franc symbolique à verser aux organisations de défense des droits de l’Homme, dont OCDH et AFJC.  Le pasteur est interdit de toute activité dans son lieu de prière selon la décision de la cour.

La défense des accusés, Maitre Marius Bangati, s’est opposée au jugement et entend pourvoir en cassation après la décision de la Cour, « nous avons constaté beaucoup de manquements. Le certificat médical par exemple a été envoyé d’une manière administrative, mais ce document médical est revenu par la partie civile, ce n’est pas normal. Nous allons interjeter un appel », a déclaré la défense.

Un phénomène urbain en Afrique subsaharienne

Aujourd’hui c’est un phénomène urbain en Afrique subsaharienne, les "enfants sorciers" sont rejetés et survivent dans la plus grande misère. Cette situation est entretenue par les prédicateurs des églises évangéliques, ce qui apparait aujourd’hui, comme « une façon pour eux de fidéliser les parents à leur paroisse, de faire un peu d'argent et de gagner de l'influence dans leur communauté », selon un défenseur des droits de l’enfant.

Parfois même, face aux difficultés de la vie, sans raison, l’enfant devient le bouc-émissaire de la famille. "Tenu pour responsable d'une maladie, d'un décès, d'un divorce, d'un manque d'argent ou même d'un simple désagrément, l'enfant est alors accusé de sorcellerie et devient rapidement le centre de violents conflits familiaux". Il touche surtout des enfants en bas âge et au seuil de l’adolescence, déjà en difficultés.

La session criminelle de 2019-2020 se poursuit à la Cour d’Appel de Bangui, avec une spécificité, l’information, le traitement des dossiers liés aux violences basées sur le genre caractérisé par des violences sur mineurs.

Auguste Bati-Kalametv

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mercredi, 15 janvier 2020 12:38 Écrit par  In JUSTICE
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