« Dans toutes nos activités de cette année, nous avons gardé la ligne relative à la trajectoire accès à la justice » dixit Benam Gildas de AVED

0

BANGUI, 6 Janvier 2018 (RJDH)–Les activités menées par AVED en 2017 ont été au cœur d’une interview que le chargé de programme de l’association a accordée au RJDH. Ce dernier, satisfait du parcours de sa structure a présenté un bilan axé sur la trajectoire « accès à la justice » et les difficultés rencontrées.

Benam Gildas De Carême, bonjour

GDB : Bonjour

Vous êtes chargé de programme de l’association des victimes de 2013-2014, AVED qui intervient sur la trajectoire « accès à la justice » dans le cadre du projet partenariat stratégique avec Cordaid sur financement du gouvernement néerlandais. Quel bilan faites-vous de vos activités à la fin de cette année ?

BGC : Dans le cadre de la mise en œuvre du Programme Partenariat Stratégique, AVED était appelée à réaliser mensuellement des objectifs, qu’on peut substantiellement libeller de la manière suivante : assurer l’écoute des victimes ; Renforcer la capacité des victimes sur la notion des droits de l’Homme ; organiser des campagnes de sensibilisation de masse et de proximité en faveur des victimes ; dresser le rapport de la collecte de témoignage des victimes ; participer aux réunions de la coordination. Et donc nos activités réalisées se sont étendues sur trois trimestres.

Le premier trimestre a commencé de mai à juin. AVED a ainsi connu une longue période d’hibernation, puisque le décaissement a été opéré au mois de juin. Néanmoins, AVED a activement pris part à la réunion de la Coordination des OSC partenaires, organisée au siège de la Ligue Centrafricaine des droits de l’Homme (LCDH) le 26 avril 2017. La principale activité réalisée au cours de ce mois concernait la production des résultats de la collecte des témoignages des victimes où deux cent trois (203) victimes ont été identifiées. Trois principales activités ont marqué le mois de mai 2017. On peut citer, notamment, la grande marche organisée par cinq des OSC partenaires, le 11 mai 2017 à Fatima et qui a mobilisé environ 4000 victimes, dont 1500 hommes et 2500 femmes. Une autre marche déroulée le 16 mai 2017 sur l’Avenue des Martyrs a été couronnée par la remise d’un mémorandum au Premier ministre, Chef du Gouvernement, Simplice Mathieu SARANDJI, et a vu la participation de 5000 victimes, dont 2000 hommes et 3000 femmes. La tenue de nos réunions techniques en vue de l’évaluation et de la planification des activités de l’Equipe de projet stratégique au sein d’AVED chaque vendredi. Les opérations des agents d’écoute d’AVED ont été effectuées auprès des victimes du 3e, 4e, 5e et 8e arrondissement. Elles ont connu la participation de 110 victimes, dont 41 hommes et 69 femmes. La réalisation de notre campagne de sensibilisation avec la LCDH dans le troisième arrondissement de la ville de Bangui, a connu la présence de 1500 victimes.

Pour le deuxième trimestre allant de juillet à septembre, beaucoup d’activités se sont réalisées. On peut noter nos participations aux réunions organisées par les OSC partenaires du projet. Concernant les opérations d’écoute, on a pu enregistrer 322 victimes, dont 125 hommes et 197 femmes. Les réunions bihebdomadaires, organisées chaque mardi dans l’enceinte de la Paroisse Notre Dame d’Afrique, ont vu la participation de 522 victimes, dont 154 hommes et 368 femmes. D’autres victimes se sont signalées dans certaines localités du troisième arrondissement, on a pu identifier 227 nouvelles victimes, dont 92 hommes et 135 femmes. L’une des activités phares du programme concerne le partage des données, dont le but ultime est d’arriver à une base de données harmonisées au sein de la coordination des OSC partenaires. Cette activité a eu lieu au centre Monseigneur Couchérousset.

Il est à signaler que la réalisation de la cartographie des victimes qui revêt d’une importance capitale, notamment, dans le cadre du Programme de Partenariat Stratégique. C’est à ce titre que le Coordonnateur, M. Hervé Sévérin LIDAMON, a entrepris avec ICASEES d’élaborer cette cartographie qui concerne les victimes résidant dans les huit arrondissements de la ville de Bangui. Le plus important qu’on puisse indiquer est qu’AVED a organisé ses activités au-delà de la ville de Bangui et des villes environnantes, telles que BEGOUA 1 et BEGOUA 2. Du 15-16 Septembre 2017, on a réalisé des campagnes de sensibilisation à DEKOA, à VANGUE et à BINIMA. Ce qui nous a permis d’enregistrer de nouvelles victimes dont on a procédé à l’écoute en marge de l’activité.

Six principales activités ont donc émaillé le troisième trimestre entre autre, les opérations d’écoute, la réunion préparatoire de l’Assemblée Générale élective, la campagne de la mobilisation communautaire et les réunions techniques du Bureau. Les campagnes de la mobilisation communautaire ont réuni 397 victimes, dont 168 hommes et 229 femmes. Nos participations à l’atelier de formation sur les techniques du lobbying et de plaidoyer, organisé par CORDAID du 28-30 Novembre 2017, et à la campagne des 16 jours d’activismes qui s’était abouti par la marche commémorant la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Les agents d’écoute ont enregistré 441 victimes, dont 197 hommes 244 femmes, et 3 cas de VBG durant le dernier trimestre.

Quelles sont donc les difficultés que vous avez enregistrées dans la réalisation de vos activités ?

BGC : La vie en communauté génère toujours des difficultés de divers ordres. L’incompréhension a souvent divisé sur certaines questions, tant au sein du Bureau Exécutif National d’AVED, de l’Equipe de Projet, qu’au sein des victimes. Les derniers mois qui ont précédé la tenue de l’AG élective ont été émaillés de conflits, entrainant à un moment donné la suspension des financements par CORDAID, ce qui a failli dynamiter la dynamique impulsée dès le beau début de ce programme, mais aussi, la mise en œuvre du projet. Convaincre les victimes à s’orienter vers les centres d’écoute n’a pas été aisé. Nos agents d’écoute ont dû faire face à la colère d’un bon nombre de victimes. Elles ont toujours eu la sensation d’avoir en face d’elles des membres du gouvernement, des éléments de la Séléka  ou des Antibalakas.

Dites-nous quelles leçons avez-vous tirée au cours de l’année 2017 et quelles sont vos perspectives pour la prochaine année ?

BGC : On a pu relever une implication effective de toutes les parties prenantes dans la mise en œuvre des activités par AVED, grâce à un système de communication efficace initié au sein de l’Equipe. Quand les membres ont le sentiment que leurs opinions comptent dans la prise des décisions au niveau du Bureau Exécutif et de l’Equipe de projet, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. L’incompréhension des uns et des autres semble disparaitre et la confiance recouvre ses lettres de noblesse au sein de l’Equipe. Ce sont là autant d’acquis que l’Equipe de Projet compte maximiser dans les mois à venir. De nombreuses victimes ont pu cerner la nécessité et l’enjeu du Programme initié par CORDAID, d’où leur contribution active à la mise en œuvre des activités. Le contexte qui prévaut aujourd’hui est autre. Les victimes sortent de leur mutisme pour parler de ce qu’elles ont subi, même les victimes des VBG paraissent profondément touchées et acceptent de faire le témoignage de leur situation.

En ce qui concerne nos perspectives, nous voudrions être autorisés à œuvrer avec les associations, mouvements, clubs et ONGs qui ne sont pas du Réseau des OSC partenaires et qui aimeraient travailler avec nous sur la trajectoire accès à la justice. Ceci présente l’avantage d’une implication massive de divers acteurs nationaux dans la lutte contre l’impunité, dont le processus a été depuis fort longtemps déclenché par CORDAID. Mais la plus principale sera l’extension de notre association à travers la mise en place de nos antennes dans les grandes villes de l’intérieur du pays. Le début de l’année 2018 sera tout marqué par l’investiture des nouveaux membres de notre bureau exécutif.

Lissoro : M Benam Gildas de Carême, je vous remercie !

BGC : c’est à moi de vous remercier !

Propos recueillis par Nina Verdiane Niabode

Partage.

L'auteur

Commenter