Centrafrique : L’ONG Kizito au côté des enfants sous le coup de la loi dans la Mamberé-Kadei

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BANGUI, 23 Octobre 2017 (RJDH)—L’organisation non gouvernementale Kizito basée à Berberati dans la Mamberé-Kadei, a défendu 350 cas des enfants en conflit avec loi. Une situation qui préoccupe la responsable de l’organisation, sœur Elvira Tutolo qui a déploré dans son entretien avec le RJDH, la situation des enfants est dramatique dans le pays.

RJDH : Sœur Elvira Tutolo Bonjour

Sœur Elvira Tutolo : Bonjour à vous aussi

RJDH : vous êtes la responsable  de l’ONG Kizito, basée à Berberati dans la Mambere-Kadei. Que fait votre organisation ?

SET: Nous sommes une organisation qui œuvre pour la défense et la protection des enfants qui se trouvent dans une situation de conflit avec la loi. Cette organisation a été installée depuis 2001 à Berberati. Après que je suis venue au sein du diocèse de Berberati, j’ai été nommée comme responsable du centre culturel  et en travaillant, j’ai été choquée quand je sortais la nuit et voir des enfants dormir dans la rue. Et donc plutôt qu’un orphelinat, j’ai préféré convoquer des couples centrafricains qui ont formé des familles d’accueil d’où la création de notre organisation actuelle St Kizito.

Nous sommes désormais une ONG reconnue par l’Etat depuis 2010, une ONG qui travaille sur la protection des enfants en conflit avec la loi. Je tiens à préciser cela pour que les gens ne nous confondent pas avec un orphelinat car notre mission est de protéger les enfants qui sont en conflit avec la loi puisqu’en étant sur la rue, ces enfants peuvent se livrer au vol, aux bagarres ce qui pourront les entrainer dans une situation de conflit avec la loi et il y’en ont même qui sont accusés de pratique de sorcellerie. Donc nous travaillons sur cette trajectoire afin de leur offrir une assistance.

RJDH: Vous œuvrez pour la protection et la défense des enfants en conflit avec la Loi, comment vous procédez ?

SET: Nous travaillons en collaboration avec le tribunal de grande instance de Berberati. Lorsqu’un enfant est accusé de vol, de violence physique ou de pratique de sorcellerie par la population locale, il est conduit au niveau de la gendarmerie ou de la police, ceux qui se trouvent là-bas, informent le procureur qui à son tour nous contacte pour nous demander si nous sommes en mesure d’accueillir cet enfant dans les familles d’accueil en vue de sa réinsertion sociale.

RJDH: Sœur Elvira, combien de cas d’enfants vous avez déjà défendus?

SET: je pense que nous sommes présentement au nombre de 350 environ accueillis. Le taux de violences perpétré sur les enfants est en baisse en 2004. Mais le grand souci se trouve du côté des adolescents qui ont exprimé un besoin de formation après leur accueil. Et c’est ce qui nous a amenés à créer un centre de formation en agriculture, menuiserie, artisanat en 2007, à 7 km de Berberati. Les premiers enfants que nous avons trouvés dans la rue et qui ont fini leur formation, ont désormais des familles et eux aussi offrent un accueil à leurs paires.

RJDH: vous avez récemment réagi pour un cas d’arrestation de mineur associé dans une affaire de braconnage dans la sous-préfecture de Bayanga. En quoi consistait votre préoccupation ?

SET: j’avais lu l’article sur le site du RJDH même et j’ai compris que cet enfant a été entrainé par de grandes personnes qui sont ses oncles. D’ailleurs c’est ce qui se passe d’habitude. Même ici à Berberati, ce sont les grandes personnes qui envoient les petits dans des situations délicates, soit pour vendre de la drogue, soit pour voler même dans les bandes armées c’est de cette manière que les enfants sont souvent exploités.  Donc j’ai vu que l’enfant a été attrapé par les gardes forestières anti-braconnage, j’ai imaginé qu’il a été même frappé, c’est ce qui s’était dit dans l’article. Alors il a été relâché à la fin parce qu’il était un mineur et qu’il n’y avait pas de place pour lui.

J’ai donc réagi parce que pour ma part, et avec toute l’expérience que j’ai sur la protection des enfants, je me suis dit que le libérer n’est pas une solution car cet enfant a  duré dans cette pratique d’où nécessité de le faire éloigner de ce contexte pendant un bon moment pour qu’il puisse oublier la pratique. Même s’il n’y avait pas un tribunal pour enfants à Bayanga, on pouvait le transférer ici au niveau de Berberati où existe un tribunal d’enfants.

Nous avons accueilli des enfants qui sortent des groupes armés et bien d’autres pratiques. Et parfois il faut beaucoup de temps pour qu’ils puissent s’en sortir car le plus souvent certains ont même des traumatismes, ils sautent du lit, ils crient en témoignant des atrocités qu’ils ont commises. C’est au regard de ces expériences que j’ai dit qu’il ne fallait pas libérer cet enfant et le laisser dans la nature. On doit l’accueillir, lui offrir des possibilités de réinsertion sociale.

RJDH: Pour en finir ma sœur, dites comment vous appréciez la situation des enfants en Centrafrique d’une manière générale et plus particulièrement dans la préfecture de la Mambere-Kadei où vous vous trouvez?

SET : Elle est aujourd’hui dramatique madame la journaliste. Les enfants sont abandonnés à eux-mêmes. Certains sont enrôlés dans les groupes armés, d’autres se trouvent dans la brousse sans possibilité d’aller à l’école. Dans certaines villes du pays, les écoles ne fonctionnent pas tandis que dans d’autres les enfants vont normalement et librement à l’école, c’est une injustice. J’appelle le gouvernement à plus d’actions pour la protection des enfants. Car si ne faisons rien, nous risquerons à l’avenir d’avoir affaire à des brigands, des rebelles, des délinquants, etc. …

RJDH: Sœur Elvira Tutolo, je vous remercie

SET: c’est moi qui vous remercie de vous avoir intéressé à notre organisation.

Propos recueillis par Nina Verdiane Niabode

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