Centrafrique : Les vendeurs des moustiquaires imprégnées s’exposent à des sanctions de dernière rigueur a annoncé le ministère

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BANGUI, 17 Novembre 2017 (RJDH)—Plusieurs cas de vente des moustiquaires imprégnées distribuées gratuitement à la population. Un acte contraire à la loi où les présumés coupables s’exposent à des sanctions disciplinaires de dernière rigueur. Position exprimée par Christophe Ndoua, chef de service de lutte contre le paludisme lors d’une interview accordée au RJDH à Bangui.

RJDH: docteur Christophe Ndoua, bonjour!

Christophe Ndoua: Bonjour Madame

RJDH: Vous êtes le chef de service de lutte contre le paludisme au ministère de la santé. En ce moment s’effectue une campagne de distribution de moustiquaires imprégnées dans les ménages. Pouvez-vous nous en faire un point ?

CN: Merci beaucoup. Effectivement nous sommes en train de faire une campagne de distribution de masse de moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée. C’est une campagne nationale qui se fait présentement dans la région sanitaire 7 et qui se poursuivra dans les régions sanitaire 4,5 et 6. Donc actuellement nous sommes dans la région sanitaire 7 c’est-à-dire la ville de Bangui. Nous avons démarré avec le micro plan, des séries de sensibilisation puis le lancement officiel qui a été fait par le premier ministre chef du gouvernement dans le 3e arrondissement le 3 Novembre dernier. Maintenant nous somme à la phase de distribution qui a débuté depuis le 10 de ce mois sans incident, sauf que nous avons suspendu deux jours après afin de payer les mobilisateurs et les volontaires ayant travaillé pendant les trois jours  puis la campagne a été reprise.

RJDH: A l’heure actuelle, combien de ménages sont déjà touchés par la campagne ?

CN: Par rapport à la distribution par arrondissement, nous pensons qu’à ce jour, ¾ des ménages sont déjà touchés dans le 4e, 6e, 7e , 8e , 1er ,et 2e arrondissements. Mais vous savez que Bangui dispose d’une population dense et le reste des jours nous ferons des efforts pour que tous les ménages soient couverts.

RJDH: Dans certaines zones, la population se plaint de la non-réception de ces moustiquaires. Comment expliquez-vous cela ?

CN: La particularité pour cette campagne est que la distribution se fait porte par porte donc c’est normale que ceux qui n’ont pas encore reçu nos agents chez eux se plaignent. Mais nous les rassurons que tous les ménages seront servis. Qu’ils prennent leur mal là en patience. C’est une progression, il y’a un plan pour cela. Ce n’est pas en un jour que nous allons couvrir tous les ménages. Vous avez vu que nous avons établi la distribution sur une durée de 7 jours c’est pour nous permettre de couvrir tous les ménages. Il y’a des volontaires à qui nous remettons chaque matin 25 moustiquaires chacun, ils sillonnent les quartiers puis on les ravitaille lorsqu’ils finissent leurs stocks. Je pense que nous allons atteindre la majorité de la population. Le gouvernement s’est battu pour cette campagne donc les moustiquaires seront distribuées gratuitement à toute la population.

RJDH: Docteur, d’après nos informations ces moustiquaires devraient être distribuées aussi aux femmes enceintes pendant les consultations prénatales. Mais un constat révèle que cela n’est pas respecté. Pourquoi ?

CN: En matière de protection contre le paludisme par la distribution des moustiquaires, nous disposons de deux stratégies qui sont la stratégie de routine et la distribution de masse. La stratégie de routine c’est ce qui se fait chez les femmes enceintes à travers la distribution pendant les consultations et lors de la vaccination en penta 3 qui est la PEV. Et pour cela, je peux vous rassurer qu’il y’a des moustiquaires à quantité disponible que nous avons reçu de l’Unicef et qui se trouvent dans les centres de santé et hospitaliers du pays. Ce que nous sommes entrain de faire est la stratégie de masse qui est différente de la première car elle est prise en compte toute la population et s’effectue pendant une durée déterminée. En dehors de ces deux stratégies, nous distribuons aussi des moustiquaires aux personnes déplacées internes surtout actuellement à l’intérieur du pays.

RJDH: Quelles sont les difficultés enregistrées pendant cette campagne ?

CN: La première difficulté est que les violences reprises le dimanche dernier ont fait que la campagne a été suspendue dans le 3e et une partie du 5e arrondissement jusqu’au rétablissement de la sécurité dans ce secteur. De notre côté,  nous sommes en train de mener des négociations afin que la campagne puisse reprendre dans ces arrondissements. La seconde difficulté est la séquestration de nos agents par la population dans un quartier du 2e arrondissement par rapport à des incompréhensions. Nous avons tenté de résoudre cela grâce à l’appui des policiers du dit arrondissement. Mais dans l’ensemble tout se passe bien.

RJDH: D’après nos sondages, une partie de la population souhaite la distribution des antipaludéens à la place des moustiquaires qu’elle considère comme une routine. Qu’en dites-vous ?

CN: Madame les antipaludéens sont des médicaments, ce ne sont pas des cacahouètes ou des bonbons qu’on doit distribuer n’importe comment. Le médicament doit s’attaquer à une maladie  et lorsqu’on est malade qu’on prend des médicaments. C’est lorsqu’une personne tombe malade, elle se rend dans une formation sanitaire. Et  c’est des examens qu’on peut lui délivrer des antipaludéens. Les antipaludéens nous en avons aussi reçu après la négociation du gouvernement auprès du fonds mondial qui nous donne le Coartem. Il y’a aussi le don chinois avec l’Artémether et coartesunate qui se donne gratuitement dans les formations sanitaires à la suite des tests de diagnostic du paludisme. Si on distribue les antipaludéens comme des moustiquaires,  les gens vont consommer et puis après il va y avoir des résistances comme en est le cas avec la Nivaquine. Donc pour ma part je pense que l’essentiel c’est la protection à travers les moustiquaires.

RJDH: Pour en finir docteur, un conseil à l’endroit de la population par rapport à l’utilisation de ces moustiquaires.

CN: Merci pour cette opportunité. Nous sommes toujours les premiers à dire que le gouvernement ne fait rien pour nous. Et lorsque le gouvernement se bat aux cotés des partenaires pour avoir ces moustiquaires, le constat qui se fait sur le terrain est le plus souvent regrettable et même honteux pour le pays parce que ces moustiquaires données gratuitement se retrouvent après quelques jours sur le marché et même les partenaires qui nous fournissent s’en rendent compte cela n’est pas bien. Maintenant le gouvernement a pris une décision pour dire qu’à partir d’aujourd’hui, ceux qui vendront les moustiquaires distribuées seront poursuivis par la loi. J’exhorte la population à prendre conscience de l’utilisation de ces moustiquaires car si nous prenons du temps pour négocier, avoir et distribuer ces moustiquaires ce n’est pas un geste vain, mais c’est parce que nous nous trouvons dans un pays d’endémie palustre.  Le palu tue, nous devons protéger nos familles et surtout nos enfants.

RJDH: Docteur je vous remercie

CN: C’est moi qui vous remercie madame d’avoir fait le pas vers nous.

Propos recueillis par Nina Verdiane Niabodé

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