Centrafrique : les familles des victimes porteront plainte contre 3 soldats Misca pour crime de guerre en RCA

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BANGUI, 10 Aout 2018 (RJDH) — La condamnation à 3 ans de prison des soldats congolais de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) en avril 2018 est dénoncée par Human Rights Watch et les parents des victimes. Ces derniers se sont constitués partie civile et veulent intenter une action judiciaire.

Quatre mois après la peine de trois ans prononcée par la Cour d’appel de Brazzaville à l’encontre de trois militaires congolais, notamment le commandant Bonaventure Abéna, le sergent Kevin Pacôme Talani Bantsimba et le soldat de première classe Paterne Ngouala, tous reconnus pour crime de guerre en Centrafrique, les familles des victimes déplorent ce verdict qui n’est pas proportionnel à la gravité de l’acte posé. « De quelle justice s’agit-il ? », a demandé l’un d’entre eux à Human Rights Watch. « Les juges congolais doivent expliquer comment le meurtrier de mon frère a pu être remis en liberté au terme d’à peine trois ans de détention », a déclaré à l’ONG l’un des parents des victimes.

Face à ce qu’il qualifie d’impunité et de justice de parodie, le collectif des proches des victimes centrafricaines a adressé une correspondance au tribunal de Brazzaville dans lequel il a réclamé « des éclaircissements sur la manière dont ces peines légères ont été déterminées » et, si les explications ne sont pas convaincantes, il « envisagerait de demander à la cour de reconsidérer sa décision », a indiqué Lewis Mudge, chercheur senior auprès de la division Afrique de Human Rights Watch.

Aussi, les familles des victimes a souhaité  « également obtenir réparation. Elles envisagent des poursuites civiles contre les hommes condamnés ».

Pour le chercheur senior de Human Rights Watch, cette complaisance judiciaire est une caution aux crimes dont sont responsables des soldats des missions de paix. Il fait référence aux nombreuses accusations de viols sexuels, crimes, … à l’endroit des Casques Bleus. « Les autorités de la République du Congo ont manqué une occasion de rendre justice pour les meurtres de civils et de montrer qu’aucun soldat de la paix n’est au-dessus des lois », a souligné Lewis Mudge dans sa tribune dans LeMonde.fr. « Ne donner à des militaires coupables de meurtre rien d’autre qu’une réprimande adresse un message regrettable aux autres soldats de la paix, à savoir qu’il y a peu de risques à perpétrer de tels crimes», a-t-il regretté.

Le silence de l’Union Africaine (UA) déploré par Human Rights Watch :

Dans cette affaire, l’ONG de défense des Droits de l’Homme a souhaité que l’Union Africaine coopère pour que justice soit faite. Mais a déploré que l’enquête, mais surtout le rapport promis par l’UA sur ce crime de guerre « ne s’agissait pour elle que de gagner du temps ». Sur ce rapport, des personnalités de l’UA ont indiqué à l’ONG que « l’organisation régionale continue d’affirmer qu’elle n’est pas autorisée à divulguer son contenu ou ses conclusions », a rapporté Human Rights Watch.

Une enquête de l’ONG a alors montré que les soldats congolais ont commis des crimes et 12 corps enfouis dans des fosses communes ont été exhumés.

Dans le souci d’éviter de telles bavures et de crimes graves dans l’avenir, Human Rights Watch a encouragé l’UA de « rendre public son rapport interne (…) Elle devrait également faire pression sur les autorités congolaises pour qu’elles rendent publique la logique ayant présidé au jugement et, conjointement avec les autorités du Congo et de la République centrafricaine, suivre de près toutes les poursuites civiles que les familles des victimes pourraient entreprendre et les soutenir dans leurs efforts pour obtenir un recours », lit-on dans son communiqué.

En mars 2014 à Boali (80 km de Bangui), après une attaque des Anti-Balaka sur la base du contingent congolais de la MISCA, ceux-ci ont capturé quelques assaillants. « Nous les avions poursuivis jusqu’à leur dernier retranchement et réussi à capturer douze d’entre eux, parmi lesquels quatre femmes, un adolescent et un réputé combattant Séléka surnommé ‘’Général douze puissances’’. Nous les avions menottés et conduits à notre base. Ils ont été ensuite exécutés sur ordre de la sous-préfet de Boali et enterrés mais pas par nous », a relaté le commandant Abéna devant les juges.

A Bangui, pouvoir et organisation de défense des Droits de l’Homme ne se sont pas encore prononcés.

Affaire à suivre…

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