Centrafrique : Des leaders d’opinion se plaignent des effets de la concentration de l’administration

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BANGUI, 7 octobre (RJDH)–L’absence de déconcentration handicape le bon fonctionnement de l’administration publique sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Possédant une superficie de 623.000 Km2, la RCA est un pays où Bangui, la capitale, située au sud, détient l’essentiel de l’administration, privant l’ensemble du pays de la présence efficace de l’Etat.

L’absence de décentralisation en Centrafrique crée des frustrations dans plusieurs villes notamment Birao, Obo, Ndélé…où les habitants affirment être abandonnés par l’Etat central. Le préfet de Bamingui Bangoran, estime que la gestion de la vie publique dans sa zone de juridiction est compliquée vu que tout doit être fait à Bangui où tout est concentré, « nos administrés ont des difficultés pour se procurer des documents administratifs dont la délivrance est concentrée à Bangui. Vu l’éloignement de nos zones, il n’est pas évident de rassurer ces gens qui pensent que l’Etat les a abandonnés. Imaginez que dans certaines villes comme Obo, la population est obligée de faire avec la monnaie ougandaise, tout comme à Birao, Ndélé où c’est le Soudan et le Tchad qui nous ravitaillent en tout », explique ce préfet.

Parcourir des dizaines de kilomètres à pied pour trouver un point d’eau, parcourir des dizaines de kilomètres à pied pour trouver une maternité, parcourir des dizaines de kilomètres à pied pour trouver une école, un lycée, etc, c’est une réalité des villes éloignées de la capitale, Bangui. Ce sont en effet, les réalités qu’offre l’absence de décentralisation.

A Obo, chef-lieu du Haut-Mbomou est un exemple de l’absence criarde de l’Etat. Même chose à Ndélé, Birao où la présence de l’Etat se limite aux préfets qui ont une marge de manœuvre très limitée. Pacôme Ndani, président sous-préfectoral de la jeunesse d’Obo, se plaint de cette situation, « le préfet est là, le sous-préfet est là mais l’Etat ne peut pas être dynamique avec deux personnes. Nous avons besoin des services de santé, du commerce, de l’agriculture et tous les autres services de base. Si on nous donnait l’opportunité de nous prendre en charge par la décentralisation, peut-être que notre situation serait autre », explique-t-il.

A Birao, cette absence de l’Etat pousse certains habitants, un peu fortunés, à se rendre à Andafok au Soudan, située à quelques 60 km pour se soigner et aller à l’école…

Au niveau de la frontière centrafricano-camerounaise, les fonctionnaires de l’Etat centrafricains, affectés à Béloko, habitent le côté camerounais et traversent tous les jours la frontière pour venir travailler, « chez nous ici, c’est difficile, il n’y a ni eau, ni électricité et donc nous habitons de l’autre côté et nos enfants profitent de l’éducation camerounaise qui est un autre système », confie Crépin, un jeune fonctionnaire centrafricain.

Paméla Derom, première vice-présidente du Conseil National de la Jeunesse souhaite que le processus de la décentralisation prenne forme, « que la décentralisation ne soit pas un vain mot, que cela soit une réalité afin que la population puisse se sentir en tant que peuple, même au fin fonds de l’arrière-pays ».

« Nous attendons que cette loi soit votée vite et entrée en vigueur, nous souffrons beaucoup de l’absence de l’Etat à Birao, et pourtant nous sommes aussi centrafricains », a dit Ibrahim Abdoulaye, un membre du Conseil préfectoral de la jeunesse de Birao que nous avons contacté.

Les infrastructures de base font défaut en République Centrafricaine. C’est une réalité qui s’est généralisée et expose les populations à tous les dangers. Les premiers dangers se nomment, chômages, oisiveté, analphabétisme et bien sûr les rebellions et la mort.

Cette situation est à la base de toutes les crises que la République Centrafricaine. Aujourd’hui, il va falloir que les nouvelles autorités appuyées par les partenaires puissent amorcer un processus de relèvement basé sur les besoins urgents et fondamentaux de la population pour prévenir les crises à répétition que ce pays connait depuis plus de deux décennies.

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