Centrafrique : « L’action humanitaire est un socle pour le relèvement », selon Dr Michel Yao

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BANGUI, 16 mars 2017 (RJDH)—Le Coordonnateur Humanitaire par Intérim, Dr Michel Yao, a souligné que l’action humanitaire est un socle pour le relèvement en Centrafrique vers lequel les humanitaires s’orientent actuellement, en dépit des défis. Il l’a dit lors d’une interview accordée ce jeudi 9 mars au RJDH sur les avancées enregistrées dans l’appui aux personnes vulnérables et les perspectives contenues dans le plan de réponse humanitaire 2017.

RJDH : Dr Michel Yao Bonjour. Vous êtes Coordonnateur humanitaire par Intérim. Entre mars 2016 à mars 2017, quelles sont les avancés enregistrées sur le plan humanitaire ?

Michel Yao : Bonjour.  Entre 2013 et 2016, il est indéniable que beaucoup de progrès ont été réalisés. Cependant, on ne peut toujours pas dire que la RCA n’est plus en situation de crise humanitaire. Pourquoi ? En trois ans, nous sommes passés d’une crise humanitaire à grande échelle de niveau L3 dans un pays totalement embrasé par la violence à une situation où les enfants ont repris le chemin de l’école. Pour moi, cet exemple est le plus significatif de l’amélioration relative de la situation humanitaire car l’éducation c’est l’avenir. La campagne pour la rentrée scolaire a été un succès. 600 000 enfants ont été inscrits pour l’année 2016-2017 contre 400 000 l’année précédente. L’école a repris, les enfants ont repris le chemin de l’école, mais certainement que cela n’occulte pas les difficultés énormes que continue de vivre une partie de la population Centrafricaine.

Entre 2016 et 2017, la communauté humanitaire a répondu avec célérité à trois crises humanitaires successives : Kaga-Bandoro, Bria et ensuite Bambari. Les conséquences de ces crises se font d’ailleurs encore ressentir et nous trouvons des solutions au quotidien pour continuer à sauver des vies.

C’est pour cela que nous devons reconnaitre les efforts qui ont été accomplis tant par les autorités nationales que les partenaires humanitaires, notamment les ONG et les agences des Nations-Unies qui ont accompagné nos frères et sœurs Centrafricains.

RJDH : La communauté humanitaire et le gouvernement ont lancé en janvier un plan de réponse humanitaire. Quels sont vraiment les problèmes réels auxquels vous voulez vous attaquer à travers ce plan ?

Michel Yao : Ce plan est un travail conjoint qui est basé sur une analyse commune avec la partie nationale, notamment en étroite collaboration avec le ministère en charge des affaires sociales et actions humanitaires. Donc, il s’agit d’un document de planification qui est le fruit d’un effort commun. Ensemble, nous avons évalué les besoins de manière objective et proposé une réponse viable.

Le Plan de réponse humanitaire 2017 lancé au mois de janvier 2017, requiert 399, 5 millions de dollars américains et cible 1, 6 million de populations sur 2, 2 million de personnes en besoin d’aide. Ce plan a trois objectifs à savoir :

  • Sauver des vies :

S’assurer que les populations affectées par des chocs ont accès à une assistance d’urgence intégrée assurant leur survie et préservant leur sécurité et leur dignité.

  • Respecter les droits fondamentaux :

Il s’agit là, de renforcer la protection des populations affectées et à risque de violations des droits humains.

  • Préserver la dignité :

Les populations affectées et à risque ont accès à des services sociaux de base et leurs mécanismes de subsistance. La particularité de cette année est que c’est un plan à long termes qui couvre trois ans.

RJDH : Quels sont vos défis globaux pour apporter une réponse structurelle aux problèmes humanitaires ?

Michel Yao : L’insécurité reste le défi majeur qui entrave l’assistance humanitaire. Vous êtes sans ignorés qu’au cours de l’année 2016, il y’a cinq (5) acteurs humanitaires qui ont perdu leur vie, en voulant sauver et aider les autres. La situation humanitaire ne cesse de se détériorer en République centrafricaine et les foyers de tensions se multiplient en plusieurs endroits. La violence renouvelée entre groupes armés rivaux entraîne dans son sillage de nouveaux déplacements de population et de nouveaux besoins humanitaires. Par exemple, la ville de Bambari et ses environs a accueilli plus de 26 000 déplacés en l’espace de 3 mois, entre janvier et mars 2017. Les exactions contre les civils sont légion à Bria et les villages qui l’entourent sont incendiés ou saccagés. A Kaga-Bandoro dans la Nana-Gribizi, 15 000 déplacés vivent toujours autour de la base de la Force internationale suite aux violences de novembre 2016. Dans l’Ouest du pays, alors que 15 000 personnes se sont réfugiées à Bocaranga, un grand nombre reste cependant dans la brousse.

Donc, l’insécurité est vraiment le défi majeur que nous rencontrons. Lorsqu’il y’a des conflits ou lorsque l’action humanitaire n’est pas acceptée par les acteurs en conflit, il est très difficile pour nous d’accéder aux populations vulnérables. Je profite pour rappeler que l’action humanitaire est dénuée de tout intérêt politique mais elle est basée sur les principes, notamment de Neutralité et d’Impartialité. Donc, nous portons assistance à toute personne même aux membres des groupes armés qui seraient blessés ou dans des conditions de détresse humaine et cela fait partie du droit humanitaire international. Nous lançons un appel à tous les groupes armés que cet accès-là soit garanti.

Le deuxième défi de taille est le sous financement de l’action humanitaire. Les bailleurs restent engagés auprès de la RCA mais dans une moindre mesure. D’autres crises plus récentes surgissent ailleurs dans le monde et attirent davantage l’attention des bailleurs. C’est un danger que l’on court lorsqu’une crise s’éternise. Cependant, nous continuons à effectuer un plaidoyer pour que les bailleurs restent engagés et qu’ils soient plus généreux. Nous ne cessons de rappeler que la crise humanitaire en RCA n’est pas terminée, qu’elle ne doit être ni oubliée, ni ignorée. Le sous-financement de l’action humanitaire ferait courir le risque de perdre les acquis obtenus au cours des trois dernières années et d’une aggravation d’une situation humanitaire déjà extrêmement inquiétante.

En 2014, nous avions atteint pratiquement 74% des besoins. En 2015, nous sommes descendus à 53% et en 2016 en 32%. Nous constatons un déclin qui est très inquiétant pour l’assistance alors qu’il y’a encore des besoins humanitaires qui persistent, malgré le fait qu’on s’oriente vers le relèvement. L’action humanitaire constitue le socle pour le relèvement. Il est donc important de maintenir les services de base pour les populations vulnérables pendant que l’Etat se prépare à prendre le relais.

RJDH : Une réunion sur la RCA est prévue pour ce mois à Yaoundé pour mobiliser les fonds. Qu’est ce qui explique la faible mobilisation des fonds pour l’action humanitaire en 2017 ?

Michel Yao : La République centrafricaine constitue encore une priorité absolue pour les acteurs humanitaires. Les besoins humanitaires doivent être financés. Voici les deux principales raisons qui motivent cette réunion. Il s’agit d’une session d’information sur la situation humanitaire en RCA que le ministre des Affaires sociales, Virginie Mbaïkoua et moi-même avons convoqué le 15 mars. Y prendront part des partenaires techniques et financiers, des représentants des Etats-membres des Nations Unies et du corps diplomatique accrédités au Cameroun. L’objectif est de les informer de la dégradation du contexte humanitaire depuis le mois de septembre 2016 et de l’augmentation des besoins qui en découle et la nécessité de poursuivre la mobilisation de financement pour l’action humanitaire.

Maintenant, la faible mobilisation est liée à l’augmentation des besoins humanitaires à travers le monde. Nous avons la crise au Yémen, en Syrie, en Irak et maintenant la crise des migrants en Europe même.

Nous disons qu’il est important qu’on maintienne certains niveaux de financement pour assurer des services de qualité aux populations qui en ont besoin. La crise a détérioré la plus part des services sociaux de base pour lesquels l’action humanitaire est nécessaire en termes d’actions pour sauver vies lorsqu’on prend par exemple le domaine de la santé.

RJDH : Quels sont vos perspectives pour les années à venir ?

Michel Yao : Nous sommes très optimistes et notre souhait qui est paradoxale est que les besoins humanitaire s’amenuisent pour le développement puisse prendre le relais. Malheureusement ces besoins humanitaires persistent. Nous avons remarqué au cours des derniers mois avec les affrontements entre les groupes armés une augmentation des déplacements des populations.

Nous voulons aussi dire que l’action humanitaire n’est pas pour perdurer dans le temps mais elle est là pour apporter et soulager les souffrances des populations vulnérables, leur apporter les services nécessaires pour leur permettre de survivre et de vivre dans la dignité. Notre objectif c’est de nous assurer que la relève est prise par les autorités. Le Plan de réponse humanitaire 2017-2019 a été développé en parfaite intelligence avec la Stratégie de relèvement et de consolidation de la paix (RCPCA). Dans les années à venir, avec un financement adéquat, notre objectif commun est de faire en sorte que l’humanitaire passe le relais progressivement au relèvement et le développement.

RJDH : Dr Michel Yao, Coordonnateur humanitaire par Intérim, merci

Michel Yao : Merci  

Propos recueillis par Nina-Verdienne Niabodé et Fridolin Ngoulou.

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