Centrafrique : « L’accord de Rome n’a pas eu des répercussions sur le terrain, il est fragile », regrette le représentant de la CEEAC

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BANGUI, 9 septembre 2017 (RJDH)—L’Accord de paix, signé à Rome entre les groupes armés et le gouvernement centrafricains continue de faire réagir, même les partenaires de la Centrafrique. Le représentant de la CEEAC, Adolphe Nahayo considère que cet accord n’a pas encore eu des répercussions sur le terrain.

De Ndjamena à Rome en passant par Libreville, Brazzaville, la CEEAC a toujours soutenu le dialogue pour la paix en Centrafrique. Quelle lecture faites-vous du document de travail signé à Rome ?

AN : je vous remercie, mais je voudrais faire un petit rectificatif. La CEEAC n’a pas commencé à Ndjamena. Ndjamena c’est en avril 2013, mais déjà en janvier 2013, vous avez l’Accord de Libreville. Et Libreville dont vous parlez, c’est dernièrement. Donc, il faut plutôt dire que de Libreville à Rome, et même en 2008, c’était les premiers Accords de Libreville. Alors la lecture que je fais du document signé entre le gouvernement et les groupes armés à Rome, c’est que l’Accord de Rome est une initiative de plus qui peut être utile si les signataires y croient et la mettent en œuvre. Elle a été menée par le soin de l’ONG de l’Eglise Catholique Sant ‘Egidio. La CEEAC n’a pas été associée, mais nos partenaires des Nations-Unies ont été associés. Mais ce qui est regrettable, c’est qu’au lendemain même de sa signature, certains signataires l’ont dénoncé, en disant que les représentants n’ont pas rempli le mandat pour lequel ils étaient envoyés. Cela nous a gênés, et cela a fragilisé cet Accord-là. Mais à la lecture de cet Accord, à la lecture de son contenu, si les signataires le mettaient en œuvre ce sera une contribution utile.

Donc vous pensez que l’Accord de Rome est fragilisé ?

AN : Oui, il est fragilisé dans la mesure où certains signataires comme le FPRC tout comme le représentant de la plate-forme religieuse ont dit qu’ils ne se reconnaissaient pas dans l’Accord. L’Accord de Rome n’a pas eu des répercussions sur le terrain, il est fragile.

Quelles sont les priorités actuelles de la CEEAC ?

AN : Vous savez, une organisation sous régionale, comme internationale d’ailleurs ou régionale face à un Etat membre n’a pas de priorité. Nous nous alignons sur les priorités de la Centrafrique. Et vous savez, les priorités de la RCA sont contenues dans le plan de relèvement et de consolidation de la paix (RCPCA) et nous sommes derrière RCPCA et spécialement derrière le premier pilier qu’est la consolidation de la paix, parce que nous estimons que nous ne pouvons pas avancer sans la paix. C’est dans ce cadre précisément que nous avons organisé du 12 au 14 juillet ici à Bangui, l’atelier de renforcement de capacité des membres de la Coordination réunissant les pouvoirs publics, Coordination de DDRR-RSS-RN  et les groupes armés sur la gestion pacifique de conflit. Notre objectif c’est lequel ? C’est pour que ces deux groupes partenaires comprennent que le conflit est naturel dans une société mais que tout conflit se termine autour d’une table de négociation. Donc, autant pour les protagonistes du conflit centrafricain de se mettre très rapidement autour d’une table de négociations pour éviter d’accroitre le nombre des morts et celui des destructions matérielles.

Absente de Rome, quel rôle peut jouer aujourd’hui la CEEAC ?

AN : Oui, même si la CEEAC n’a pas été associée aux discussions de Sant ‘Egidio, elle en a été informée justement à l’occasion de la réunion de Bruxelles le 21 juin 2017, puisque le représentant du gouvernement était avec nous à Bruxelles et même le représentant de Sant ‘Egidio était là aussi. Non seulement nous avons eu copie de l’Accord de Sant ‘Egidio, mais ils nous ont expliqué les circonstances qui entourent cet Accord et comme il a été convenu à Bruxelles que l’initiative africaine pour la paix et la réconciliation nationale, qui était aussi en cours, devra tenir compte des engagements de Rome. La CEEAC est très l’aise, si vous avez lu la feuille de route adoptée à Libreville le 17 juillet qui fait la synthèse entre les propositions du gouvernement sur la suite à donner et les propositions de l’Union Africaine et ses partenaires, j’entends par là la CEEAC, la conférence internationale sur la région de grand lac, mais également certains pays comme l’Angola, le Congo, le Tchad et désormais le Gabon étaient associés à la dernière discussion de Libreville. Et bien, la CEEAC est vraiment engagée à jouer sa partition dans la stabilisation de la Centrafrique et, très prochainement, nous attendons que le gouvernement de la Centrafrique et l’Union Africaine qui préside l’initiative africaine mettent sur pied le panel de facilitation dont ils ont convenu à Libreville, mais également son comité technique et nous allons commencer à travailler et les signataires de Rome nous aident c’est-à-dire respectent leurs engagement de Rome, nous ne pouvons qu’avancer très rapidement.

Qu’est-ce que la réunion de Bruxelles peut apporter de neuf pour la paix en Centrafrique ?

AN : Absolument ! Le mérite de Bruxelles c’est d’avoir mis formellement ensemble l’ONG Sant ‘Egidio, les partenaires de l’initiative africaine pour la paix et le gouvernement centrafricain pour qu’à trois nous puissions nous entendre sur la voie à suivre. Et j’estime pour avoir participé à cette réunion que nous l’avons trouvé, et la feuille de route harmonisée adoptée à Bruxelles en est la preuve, et les organes de mise en œuvre et j’ai confiance puisque désormais toutes les réunions devraient se tenir à Bangui, sous l’appropriation du gouvernement centrafricain.

Est-ce que les chefs d’Etats membres de la CEEAC sont encore intéressés par les dossiers centrafricains ?

Ils n’ont pas le choix, ils doivent rester intéressés, d’abord sur le plan institutionnel, la Centrafrique est un Etat membre et il y a un protocole d’appui mutuel qui a été signé à Malabo en 2002, qui édicte que lorsqu’un Etat membre est en difficulté, les autres par le biais du Secrétaire général de la CEEAC doivent lui venir en aide pour sa stabilisation. Ça c’est d’un, mais de deux  : c’est l’intérêt mutuel. Vous savez que la crise centrafricaine a déroulé sur tous les pays voisins membres de la CEEAC, c’est une question d’actualité entre le sud-est de la Centrafrique et la RDC, le Congo Brazza a aussi des réfugiés, le Cameroun et le Tchad non seulement ont des réfugiés mais souvent les violences débordent sur leur frontière. Donc c’est l’intérêt mutuel que les chefs d’Etats membres de la CEEAC tiennent à la stabilité de la Centrafrique pour la paix mais également pour le développement et l’intégration puisque, tant que la Centrafrique sera déstabilisée, le projet d’intégration sous régionale que nous avons mis en place ne peut pas être mis en œuvre.

Monsieur l’Ambassadeur je vous remercie !

Propos recueillis par Jean Fernand Koena

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