Centrafrique : « Il faut bâtir un programme permettant à l’Etat de retrouver sa marche financière », selon la FAO

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BANGUI, 02 octobre 2017(RJDH)—Pour atteindre les objectifs fixés conformément à la déclaration de Maputo où chaque Etat doit consacrer 10% de son budget à l’agriculture, Jean Alexandre Scaglia, représentant résident de la FAO souhaite un programme axé sur la relance agricole pouvant permettre au pays de retrouver sa marche financière. C’est qui ressort de l’interview qu’il a accordée au RJDH ce 28 Septembre à Bangui, deux semaines avant la célébration de la journée mondiale de l’alimentation.

RJDH : Monsieur Jean Alexandre Scaglia bonjour. Vous êtes le représentant de la FAO à quelque semaine de la Journée Mondiale de l’alimentation qu’est-ce qu’on peut noter de la préparation et l’accompagnement de la FAO dans la relance agricole tant dans le pays que dans la préfecture de Mamberé-Kadei ?

Jean Alexandre scaglia : L’action de la FAO continue, c’est ce qu’on fait depuis des années notamment depuis la crise de 2013. C’est à dire qu’on a une part directe de la population vulnérable dans le cadre des programmes de la réinstallation de la population. C’est de l’assistance à caractère humanitaire,  ce n’est  pas raté la compagne agricole. Y a également un programme identique auprès des communautés d’élevages. On avait relancé des grands programmes de vaccination de grand et petit batails et en même temps ce qu’on voit,  c’est le programme de l’agriculture qui prend place. Dernièrement, on lance un programme d’initiative de jeunesse pour réinstaller et inciter les jeunes  à aller dans le domaine agricole. On a relancé et on va continuer le programme de maraîchage ;  ceci aura lieu dans toutes les préfectures et cela touche la Mambéré-Kadeï  comme d’autres préfectures.

On a eu des opérations ponctuelles  de relance sur l’élevage des poulets ou la pisciculture donc ça reste globalement sur ces deux axes à savoir :  un relèvement rapide quand c’est possible et l’assistance  humanitaire dans le cas du relèvement rapide, un grand programme national qui continue avec grand succès reste en place, c’est la remise d’un accès de crédit agricole  à travers ce qu’on appelle les caisses de résilience c’est-à-dire les  associations villageoise de crédit (AVC) qui constituent un énorme frein à l’heure actuelle en Centrafrique notamment celles qui ont été épuisées par la crise c’est d’avoir des ressources financières pour relancer leurs activités.

On aura également les activités au niveau des infrastructures puisque cela va toucher toutes les préfectures et concerne aussi la réparation des abattoirs de Bangui  avec l’appui des collègues de Minusca de manière à recréer les circuits commerciaux à ce que les gens qui sont dans l’agriculture puissent générer les revenues y compris des populations vulnérable, les jeunes, les femmes de manière à retrouver des moyens de résistance.

RJDH : La Journée Mondiale de l’Alimentation est une politique pour stimuler la croissance et la production agricole. Quel est le degré de la collaboration de votre institution avec le gouvernement pouvant booster l’économie verte ?

Jean Alexandre scaglia : Le degré de collaboration, je dirais au plus haut sommet de l’Etat dans un premier temps est excellent. Je pense que vous avez en revu dans la dernière déclaration du président de la République, l’intérêt  qu’il porte à la relance agricole depuis son élection. Il a systématiquement rappelé que la relance de l’économie centrafricaine passait par la relance de l’agriculture.  Il ne cesse de le dire et il a raison  maintenant. On a tout un tas de programme  de collaboration des actions, des projets concrets. Il y a aussi des appuis à des relances politiques ;   on est en train de voir la feuille de route de l’élevage comment relancer,  redynamiser la politique de l’élevage et aussi voir dans quel contexte  avec le ministère de l’Agriculture  recréer des conditions pour booster l’économie verte  qui est la relance de la chambre d’agricole, la chambre d’agriculture de  Centrafrique avec des antennes régionales.

Nous allons faire, le projet est approuver  ça aussi,  c’est important et on est en train de finaliser la négociation d’un énorme programme sur la politique de reboisement tout en protégeant des ressources naturelles qui est un volume financier important et un sujet qu’on va bientôt commencer avec l’appui financier du gouvernement  de l’Italie qui est ce centre de formation qui va prendre place en collaboration avec le mont carmel ici à Bangui.

Il faut des structures de formation pour les jeunes c’est bien beau de donner des semences, des outils mais il faut aussi former des gens. Ce n’est pas évidents nous avons déjà vu  et fait un programme de DDR qui vient de se terminer. Nous avons fait beaucoup de formation y a un besoin de formation énorme même si vous élevez des poulets, vous aurez toujours des choses à apprendre. Demain si vous voulez faire un jardin, pour qu’il soit rentable vous devriez apprendre à faire pousser correctement des tomates, des aubergines, des épinards. C’est cela mon gros souci ! Je crois que si on veut vraiment demain recréer les capacités d’accès à des formations  de la part des jeunes qui veulent se relancer dans l’aventure d’une agriculture améliorée, qu’ils en tirent des bons revenus, cela reste un grand défis et je pense que c’est important .

RJDH : C’est depuis plusieurs années que le pays célèbre la JMA mais le constat fait,  laisse un chantier d’effort à tous les niveaux. Quel est selon vous la particularité de cette année ?

Jean Alexandre scaglia : Les efforts qui restent à faire sont énormes. Il y a une chose qui est importante dans l’année qui vient, en fin 2017, on constate en Centrafrique un regain de violence. Il y a un an plus tard, je pensais qu’on pouvait déjà être à un niveau plus avancé dans une politique de relance de l’agriculture.

Il  y a une priorité absolue qui est la jeunesse et il faut trouver des emplois à la jeunesse. Il faut aussi que la jeunesse trouve  des moyens de formation pour qu’il n’y ait pas de frustration. Vous savez, un pays qui est à 50% jeunes, si vous avez dans ces jeunes une grande partie qui est en chômage, on n’arrivera pas à calmer la violence ;  donc il faut redonner un espoir aux jeunes de trouver un emploi, de gagner leur vie correctement dans ce cadre, ma première préoccupation par rapport à l’agriculture c’est que l’agriculture soit ce domaine de prédilection où les jeunes vont pouvoir trouver de l’emploi, de l’argent  de manière à se bâtir une existence. Enfin avoir un peu d’espoir dans leur avenir.

Cela reste une priorité absolue si on veut couper le cycle de la violence, il va falloir se donner des moyens pour relancer le secteur agricole qui peut pouvoir servir à beaucoup de formation, c’est conditionné le potentiel agricole de la Centrafrique qui reste énorme. Je pense qu’il y a une deuxième en Centrafrique, on a vu déjà  en  cette année, il va falloir quand même aussi qu’on relance les cultures de rente. On a parlé du coton, du café parce que c’était ce qui remplissait les caisses de l’Etat. Or traditionnellement, c’était ces cultures de rente de forestiers les exportations de  bois qui étaient les mains les plus gros contributeurs à redonner un budget de l’Etat. Un Etat sans budget, comment voulez-vous le rétablir ? On n’arrête pas de parler vous entendez nos collègues de la Minusca qui parle de rétablir l’autorité de l’Etat.

C’est bien de  nommer un préfet mais il faudrait que ces préfets aient un budget pour agir dans leur préfecture. On avait lancé le programme des cantines scolaires dans le septième arrondissement, j’ai découvert avec effarement que dans cette école,  il y a  600 élèves dans le primaire et 4 enseignants pour 600 élèves et aucun équipement. Il faut de l’argent une fois de plus, ces cultures de rente, ces secteurs d’exportation ont été dans le passé de très gros fournisseurs. Il  faut  que ces secteurs redémarrent,  certains sont en très mauvais état,  le coton est à peu près à presque 0%, le café et  le bois ont survécu à 50%. Vous voyez qu’il y a un potentiel ça aussi c’est un grand chantier,  c’est ça qui va donner des  ressources  nécessaires à l’Etat   pour mener à bien sa mission.

RJDH : L’investissement de l’Etat est encore faible contrairement à la déclaration de Maputo qui prévoit 10% du budget en faveur de l’agriculture. Ce qui nécessite un investissement extérieur pour la relance de l’agriculture. Quel est le plan de la FAO à court, moyen et long termes pour soutenir l’agriculture après la crise en Centrafrique ?

Jean Alexandre scaglia : la FAO n’est pas une institution financière, notre rôle est de faire des plaidoyers auprès de la Banque mondiale,  la Banque Africaine de Développement avec lequel on travaille voire dans un certain nombre de cadre institutionnel qui mettent en place les financements, les crédits nécessaires qui sont importants de manière à permettre la relance de certains  secteurs.

Je pense qu’on a aussi une responsabilité en tant que FAO de convaincre la communauté de  ré-adhérer à une grande idée agricole, très peu de pays respectent les 10% y compris en Afrique.

Le problème en Centrafrique il faut déjà que l’Etat ait un budget avant d’investir 10%. On est un peu dans un système d’un serpent qui se mange la queue, c’est à dire que si on pas de relance agricole qui était le gros fournisseur du budget, on n’aura pas de 10% donc on n’aura pas de budget. Il faut relancer de manière à ce que l’Etat puisse avoir des moyens pour dégager des ressources suffisantes pour réaliser ces 10%. Je crois que la première préoccupation c’est que l’Etat retrouve un budget minimal avec des ressources fiscales qui rentrent dans la caisse de l’Etat pour qu’il puisse les investir et pour arriver à cela.

Enfin sur le court et moyen terme,  il va falloir continuer à bâtir un programme de relance agricole tant au niveau de culture vivrière qu’au niveau de culture de rente qui vont permettre à l’Etat de retrouver ses marches financières. Je pense qu’enfin  qu’il  y a une bonne volonté,  y’a une marche politique qui est forte. On a trop participé à beaucoup d’exercices, on avait eu des documents très importants comme le Plan de Relance Agricole, la  feuille de route de l’agriculture, on est en train de finaliser la feuille de route sur l’élevage,  on a également mis en place des commissions sur la nutrition ;  tout l’aspect nutritionnel en vue de produire correctement pour que les gens mangent correctement avec tout un groupe de réflexion  sur l’amélioration nutritionnelle en Centrafrique. C’est au centre de réflexion, puis on va continuer de développer des programmes d’appui direct  à la jeunesse.

RJDH : Monsieur le représentant de la FAO je vous remercie !

JAS : c’est à moi de vous dire merci !

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