Centrafrique : Esther Winnie Ingao, lauréate du prix FREJES du meilleur leadership féminin

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BANGUI, le 31 décembre 2018 (RJDH)—Esther Winnie Ingao de nationalité centrafricaine, présidente du Réseau des Jeunes Leaders pour la Transformation de la Centrafrique (REJELCA), a été primée meilleure jeune fille leader de la CEMAC lors du Forum Régional des Jeunes engagés dans la Lutte contre le Sida et autres défis sociaux au niveau local, qui s’était tenu à Douala au Cameroun du 18 au 20 décembre 2018. Le RJDH lui a accordé une interview sur son engagement social auprès des jeunes à Bangui.

RJDH: Esther Winnie Ingao, bonjour.
EWI: Bonjour !

RJDH: Vous êtes la présidente du Réseau des Jeunes Leaders pour la Transformation de la Centrafrique (REJELCA) et vous êtes la lauréate du prix FREJES du meilleur leadership féminin de la CEMAC, dites-nous qu’avez-vous concrètement pour être distinguée aujourd’hui ?

EWI: Je suis une jeune fille qui a commencé depuis à militer dans les organisations ou associations des jeunes depuis le lycée. A titre de rappel, j’ai été respectivement élue présidente du Club RFI de mon établissement, le Lycée Professionnel Féminin (LPF), du Club 100% jeunes et de l’association de notre établissement.
Ces différentes responsabilités m’ont amené à faire la connaissance de Kessy Ekomo, la Directrice Exécutive de l’ONG URU, qui m’a encadré dans le programme « I WALI ». C’est un programme de formation des jeunes filles consacrée au leadership et l’entrepreneuriat féminin. Kessy Ekomo a été celle-là qui m’a ouvert la voie de cet engagement citoyen auprès de mes pairs jeunes. Après cette formation, j’ai eu à travailler dans l’organisation URU comme responsable Genre.
Aujourd’hui avec mon association REJELCA, nous menons en collaboration des activités sur le leadership féminin avec des associations féminines comme le Réseau des Leaders Femmes de Centrafrique (RELEFCA).

RJDH : Sur quel champ d’actions, le REJELCA est beaucoup plus orienté ?

EWI : Pour être plus précise avec vous, le REJELCA s’investit beaucoup dans la sensibilisation à la base auprès des jeunes sur les maux qui gangrènent cette jeunesse quand bien même que nous n’avons pas de financement…
RJDH : Mais si vous n’avez pas de financement, comment fonctionnez-vous ?
EWI : Premièrement, c’est notre volonté. Nous sommes une association qui travail pour un but non lucratif. On identifie un problème et un secteur dans lequel nous allons travailler, on s’organise dans le but de définir une approche qui pourra nous aider à toucher un nombre maximum des jeunes. Pour cela, nous faisons du porte à porte ou nous nous associons avec un groupe des jeunes de la zone où nous sommes en sensibilisation.
Nous sensibilisons beaucoup sur la propagation du VIH/SIDA surtout les jeunes filles sur les questions de santé sexuelle de reproduction (SSR) pour attirer leur attention sur le risque du SIDA et des grossesses indésirées ou précoces. Nous nous sommes rendu compte que les jeunes filles attrapent vite la grossesse dont les géniteurs refusent dans la plupart des cas d’assumer la responsabilité. Craignant les parents, elles cherchent à les avorter et vous imaginez la conséquence sur ces filles et leurs études au niveau de la famille.
Un autre volet de notre intervention s’articule autour de l’éducation des jeunes dans les provinces. Vous arrivez dans une ville centrafricaine ou un village, vous verrez qu’on y a construit une école mais les enfants sont absents de cette école. Pourquoi ? Parce qu’ils accompagnent leurs parents soit aux champs soit aux chantiers miniers. C’est un danger pour la République au risque de voir le taux d’analphabétisation augmenter.

RJDH : Parlons du prix que vous avez remporté, sur quels critères avez-vous été choisie pour être la lauréate du prix du meilleur leadership féminin de la CEMAC ?

EWI : La compétition est lancée avant de partir au Forum Régional des Jeunes en Lutte contre le Sida (FREJES) à Douala, et les dossiers sont déposés à l’Association Centrafricaine de Marketing Social (ACAMS). J’ai déposé mes rapports d’activités avec des photos à l’appui et des interviews ou émissions que nous avions réalisées dans le cadre notre travail auprès des jeunes.
J’étais en compétition avec d’autres organisations et associations des 5 pays de la CEMAC qui avaient d’ailleurs le soutien de leur gouvernement. Du coup, je me voyais mal remporter le prix quand je pense que je viens d’un pays qui est en crise. Une fois au Cameroun, nous devrions défendre encore ce que nous avons pu faire oralement devant un jury pour jauger le niveau des candidates et pour voir si effectivement c’est bel bien vous qui avez produit ce rapport. C’est ce qui a été fait. J’imaginais que les autres avaient plus de chances que moi. Grande fut ma surprise de savoir que le jury m’a élu la meilleure jeune fille leader de la CEMAC lors de ce FREJES.

RJDH : A l’instar des autres organisations ou associations qui étaient présentes et qui avaient eu un appui financier de leur gouvernement, est-ce que vous aussi vous avez été soutenu par notre gouvernement ?

EWI : Sans détours, je vous réponds que j’ai vécu un moment trop triste quand les autres pays dans leur présentation réaffirment le soutien total de leur gouvernement et d’autres organisations internationales présentes dans leur pays. Vous savez en Centrafrique, les efforts des jeunes qui s’investissent pour le pays sont relégués aux oubliettes. On n’y peut rien. Je n’ai pas vu cela et c’est ma volonté qui m’a donné ce prix, ce prix je l’ai remporté au nom de la Centrafrique.

RJDH : Avez-vous été déjà reçu par une autorité nationale pour des félicitations ?

EWI : Non ! Pas encore. C’est l’ACAMS qui est en train de vouloir organiser une cérémonie pour nous, puisque je n’ai pas été seule lors de ce concours. Les 4 prix du forum ont tous été remportés par la Centrafrique. J’ai été un peu déçue mais je suis guidée par ma volonté de réussir et le reste viendra après.

RJDH : Esther Winnie Ingao, nous vous remercions !
EWI : C’est moi qui vous remercie.

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L'auteur

Vianney Ingasso est journaliste-reporter au Réseau des Journalistes pour les Droits de l’Homme (RJDH). Après son passage à l’Université de Bangui, précisément au Département des Sciences de L’information et de la Communication où il obtint sa Licence Professionnelle en Journalisme (DSIC-6ème promotion), il a été stagiaire à la Radio Centrafrique et animateur à la Radio Voix des Jeunes.

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