Centrafrique : Le business de la mort, des hôpitaux au cimetière (Reportage)

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BANGUI, 20 Mai 2017 (RJDH) —Centrafrique, un pays pauvre, post-conflit, mais un pays où l’on meurt trop. Et si les causes de la mortalité résident parfois dans la pauvreté, la mort est aussi l’objet de business, une affaire qui ne dit pas son nom et qui alourdit les dépenses des familles endeuillées, fragiles. De l’hôpital au cimetière en passant par les accessoires des funérailles dignes de ce nom, il faut plus d’argent pour inhumer un corps. Suivons le reportage du RJDH.

Il est 7 h du matin, le soleil se lève, les uns et les autres vaquent à leurs occupations, des familles endeuillées elles doivent débourser de l’argent qui échappe au contrôle de l’Etat, soit pour mettre à la chambre froide les parents décédés, soit pour sortir les corps.

Des familles qui viennent récupérer les corps

                       Des familles qui viennent récupérer les corps

Ce jour, les membres de quatre familles différentes sont venus récupérer les corps de leurs parents décédés. Nous nous approchons d’un monsieur éprouvé, un peu à l’écart à quelques pas du portail de la morgue.

Emu, il nous parle des dépenses faites avant et pendant les obsèques de sa mère jusqu’à la sortie du corps de la morgue, « c’est vraiment difficile quand on perd un parent. Rien que formaliser le corps, il faut intéresser les morgués et cela varie de 17.500Fcfa à 20.000Fcfa voire plus. Pour nous, notre mère a fait 11 jours ici, faute de moyen pour sortir le corps à temps, faites-vous le calcul de ce qu’on peut dépenser », a-t-il expliqué.

A quelque mètres de là se trouve le bureau du morgué, Léon Poutouguébala, un quinquagénaire élancé de taille dans sa blouse nous fait visiter son service composé d’une salle d’accueil et ses composantes dont une chambre froide d’une capacité d’accueil de 100 corps. « D’abord quand le corps arrive, on l’enregistre ensuite, on le lave et on le formalise. Ici le formol est à 7.500fcfa et le droit d’injection est à 5000fcfa. Parfois, les gens démunis payent 10.000fcfa pour formaliser le corps. Les cas sociaux sont gratuits », a-t-il présenté avant d’ajouter qu’il n’y a pas un prix standard de conservation de corps.

Un constat similaire

Le constat est presque identique au centre hospitalier universitaire de Bangui connu de l’hôpital général où Sébastien Mboro, un ancien secouriste de la croix rouge de Bossangoa au nord a une expertise de 11 ans dans ce service. « Nous avons la chambre froide de 108 places et nous recevons pour la plus part des personnalités. Nous faisons tout le travail de lavage à la mise en bière en passant par la formalisation des corps. Nous sommes payés en fonction de la discrétion des parents et nous n’exigeons pas des taux unitaires aux usagers » raconte-t-il.

La situation par contre est d’autant exigeante à l’hôpital communautaire de Bangui où les conditions sont drastiques et rigoureuses. La conservation de corps peut revenir à 25.000Fcfa à une famille éprouvée. Mais les responsables de l’hôpital n’ont pas répondu à notre sollicitation après plusieurs relances.

Des frais supplémentaires

Fleure sur le cimentière

                                             Fleure sur le cimentière

En dehors des frais qu’il faut dépenser pour la morgue, s’ajoute aussi le prix des cercueils et des gerbes de fleurs qui n’est pas souvent à la portée de toutes les bourses. Dans un service de vente des cercueils et accessoires funéraires au quartier Benz-vi dans le 5e arrondissement non loin de l’hôpital communautaire, se trouve Innocent Lougoulah, assis derrière les cercueils qualités variées, nous présente ses articles « je vends les cercueils depuis 21 ans. Selon les qualités et la forme voulue par la demande. Le prix varie de 35.000fcfa à 300.000 fcfa et les gerbes de fleurs sont vendus à 2.500fcfa, 5.000fcfa, 7.500fcfa, 15.000fcfa et 25.000fcfa », a-t-il présenté.

Selon le constat du RJDH, les morgues des grands hôpitaux de la capitale Bangui créent de spécialité. Devant l’hôpital de l’Amitié, les menuisiers se spécialisent dans la vente des cercueils et location des chapelles ardentes et chaises en plastiques qui rapportent beaucoup. C’est le même cas derrière l’hôpital Communautaire qui compte plusieurs officines de vente y compris l’hôpital Elisabeth Domitien de Bimbo qui en compte beaucoup.

Les dépenses ne sont loin de finir, nous sommes au cimetière de Nzilla dans l’Ombella M’poko où il est 11h. En ce moment se trouve un professionnel tombal qui apprête une tombe pour ses clients « je me nomme Teddy-Eric, cela fait deux ans que je creuse les tombes au cimetière de Nzilla puisque j’ai mon champ ici. Quand les gens viennent, ils nous donnent 10.000fcfa ou 8.000fcfa pour une fosse », a-t-il précisé.

A côté de ces dépenses au cimentière, les parents doivent acheter une place. Sur cet espace de 2 hectares, se trouvent des tombes, des champs et des hautes herbes. Cet espace est une propriété privée, nous rencontrons Olivier Ndarata, l’un des propriétaires, il nous donne plus d’information, « là, c’est notre ferme familiale.  Nous avons vendu quelque portions et nous avons décidé depuis 2016 de vendre le reste pour en faire un cimentière parce que le terrain est très vaste. Une parcelle de 90cm de largeur et 2,10m de longueur est à 5000fcfa et ce que nous percevons nous permet de faire face aux besoins de la famille ». 

Les parents qui veulent une tombe de luxe doivent avoir des caveaux selon leurs moyens. « Il faut cimenter l’intérieur, faire la dalle, acheter les carreaux y compris les mains d’œuvre, là il faut au minimum 200.000 FCFA », a souligné Gervais, un maçons spécialisé rencontré au cimentière de Ndress dans le 7e arrondissement de Bangui.

Chapelle ardente et sonorisation

Chapelle ardente et sonorisation

Outre ces dépenses, les parents des disparus doivent parfois en fonction de la taille de famille payer des pick-up 4×4 que les propriétaires fixent le prix en fonction de la distance pour l’inhumation du corps à défaut de corbillard de la Mairie. Ces fonds payés échappent à la municipalité et représentent des frais importants au point qu’inhumer dignement un parent disparus aujourd’hui est un luxe. Ces prix de 15.000 à 25.000 FCFA par véhicule.

Un secteur qui échappe au contrôle de l’Etat

Du travail des morgués à l’inhumation, tout semble échapper au contrôle de l’Etat surtout la mairie qui devrait s’occuper de ce volet. Les morgués ne sont pas payés mais vivent de leur business y compris ceux qui exercent aux cimentières.

La Mairie de Bangui, les Hôpitaux et le Tribunal,  sont les secteurs qui devraient être pleinement impliqués dans la gestion des morts. Ces structures n’ont pas encore réagit après plusieurs relances du RJDH.

Des familles en deuil à la morgue

                                        Des familles en deuil à la morgue

Pour sauver l’honneur de la famille, les ménages se saignent pour faire face à ces dépenses, mais la réalité est tout à fait différente. Le pouvoir d’achat est faible, le salaire des fonctionnaires et agents de l’Etat non revalorisé et plusieurs activités inhérentes aux personnes décédées échappent au contrôle des communes qui ne perçoivent que les frais des actes de décès devenus facultatif pour plusieurs familles.

Le business de la mort implique plusieurs facteurs qui nécessitent des réformes profondes car chaque famille éprouvée doit dépenser au-delà de ses revenus pour inhumer.

Un reportage de Noura-Oualot et Bienvenu Matongo.

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L'auteur

2 commentaires

  1. La Mairie de Bangui dispose de corbillards en partenariat avec la société POFUMO avec des tarifs abordables suivant les besoins. Informez vous avant de dire des contre-vérités qui induisent les gens en erreur. A partir de 15000F on peut avoir un corbillards pour enterrer dignement nos morts.

  2. Ulrich Martial SANDY le

    Du vrai fait social et ce à quoi on attend des avis des professionnels de média. Même s’il y a info erronées comme le fait pour la mairie de disposer de corbillards. Mais vous avez bien fait de mentionner qu’ils n’ont pas voulu répondre à votre demande. Et même si cela existe, je ne pense pas que ça répond à tous les besoins de la population. Combien y a-t-il de pompe funèbres à la Mairie de Bangui ? Merci RJDH.

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