Centrafrique : Birao sans chaine pénale

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BANGUI, 21 décembre 2016 (RJDH)–Dans un entretien avec Ramadan Abdelkader, Sous-préfet de Birao dans la Vakaga, l’autorité administrative a noté que les questions de sécurité et de chaine pénale sont deux choses à deux visages différents dans sa zone.

RJDH : Bonjour monsieur le Sous-préfet Ramadan Abdelkader.

Ramadan Abdelkader(RA) : Bonjour.

RJDH : Comment se porte Birao à l’heure où nous parlons ?

RA : Mr le journaliste, en 2014 il y avait eu une grande turbulence dans la localité. Maintenant avec l’arrivée de la Minusca, nous ne sommes plus inquiétés, il y a la quiétude parce que les forces onusiennes  multiplient  les patrouilles et leur présence dissuade les malfrats. A l’heure actuelle, je dirai que la sécurité est revenue dans la ville.

RJDH : Nous avons remarqué que la police et la gendarmerie sont absentes de la ville. Est qu’il y’a une prison ici pour écrouer des  personnes qui ont enfreint la loi?

RA : (rire), vous allez devoir m’excuser si je souris, mais c’est un rire jaune. En ce qui concerne la chaine judiciaire, il n’y a absolument rien. Il y a que le tribunal qui est opérationnel mais le Procureur est absent. En ce qui concerne la police, il n’y a qu’un seul commissaire, en la personne de monsieur Sada. A la gendarmerie, il n’ya que deux adjudants qui gèrent la  brigade. Ils n’ont pas d’éléments sous leur ordre pour que la gendarmerie remplisse correctement sa mission dans la localité. Cela handicape aussi les activités de l’administration. Nous souhaitons que le gouvernement puisse penser à ces institutions.

RJDH : Vous déplorez une absence de personnels au commissariat de police et à la brigade de gendarmerie. Comment les responsables de ces deux entités de sécurité remplissent-t-ils leurs missions régaliennes ?

RA : A défaut de gendarmes et policiers professionnels, ils ont des auxiliaires qu’ils utilisent. Et, ils sont appuyés par la Minusca.

RJDH : Birao est excentrique et loin de Bangui, avez-vous accès aux produits de première nécessité ?

RA : En ce qui concerne les produits de première nécessité, ce n’est pas assez grave, les commerçants se ravitaillent à  Andafok, à 60 km d’ici. De fois, ils achètent certaines marchandises à Bria ou Bambari.

RJDH : Le prix des produits de premières nécessités est-il accessible à tout le monde?

RA : Le prix dépend des villages puisque, cela dépend aussi de personnel. Vous savez sur le marché pour avoir un morceau de savon, il faut 200 à 250 Frs, c’est quand même abordable pour le dernier des paysans.

RJDH : Semble-t-il qu’à Birao il y a beaucoup de problèmes. Nous avons appris que pour se soigner, il faut se rendre au Soudan, c’est-à-dire à 65 Km d’ici.

RA : Effectivement certains malades sont évacués au Soudan, à Nyala pour être soignés dans les grands hôpitaux là-bas. Dieu merci, que nous avons toujours l’appui de l’ONG International Médical Corps (IMC), en ce qui concerne le personnel. N’eut été l’IMC, la population de Birao serait abandonnée à son triste sort.  Je vous invite à visiter l’hôpital, vous ne trouvez pas de personnel qualifié que le ministère de la santé a affecté là-bas, mis à part un médecin et un infirmier diplômé d’Etat. Le reste, ne sont que les agents de santé appuyés par l’IMC.

RJDH : Au niveau du commissariat, il n’ya pas de policier, au niveau de l’hôpital, il n’ya pas de personnel qualifié et à l’enseignement ?

RA : Pire encore dans l’enseignement. Les instituteurs et professeurs sont tous partis en vacances à Bangui et ne sont pas encore rentrés. Jusqu’à présent, les portes du lycée de Birao sont toujours fermées. On plaide jusqu’à présent, ils ne sont pas encore revenus. Je demande au département de l’éducation de nous affecter vite des enseignants. Pour le moment, il n’y a que l’école préfectorale qui a ouvert ses portes et l’enseignement est dispensé par les maitres-parents.

RJDH : Comment faites-vous pour avoir accès à l’eau potable ou à l’électricité ? Etant centrafricain et ne bénéficiant pas de la présence de l’Etat, est ce que vous-vous sentez humilié ?

RA : Nous ne nous sentons pas humiliés. L’Etat  a des charges, nous pensons qu’un jour l’Etat va pouvoir se tourner vers la Vakaga pour investir comme il se doit. Vous avez parlé d’eau potable, il y a le Comité International de la Croix Rouge (CICR) qui est ici. Il essaie de creuser des puits, de réaménager certains puits et quelques rares fontaines qui sont encore fonctionnelles.

RJDH : Par le passé, Birao est réputée être une ville de braconnage. Les réserves fauniques étaient vandalisées par les braconniers, cette destruction se poursuit toujours ?

RA : Ce n’est pas fini. On peut dire du présent au passé. Le braconnage aujourd’hui prend de l’ampleur parce que ce ne sont pas  les braconniers  locaux mais ce sont des étrangers qui pratiquent le braconnage.

RJDH : Vous qui êtes Sous-préfet de Birao, comment se portent les deux groupes armés ici ? Sont-t-ils adhérés au programme DDRR ?

RA : A Birao dans la Vakaga, il y a deux mouvements politico-militaires : le Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLJC) et le Front Patriotique pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC). Pour l’heure, seul le MLJC a adhéré au processus du DDRR, tandis que le FPRC n’a pas encore signé. Je pense qu’il s’adhérera parce que la population a besoin de la sécurité et de la paix pour vaquer  normalement à ses occupations.

RJDH : Monsieur Ramadan Abdelkader, merci.

Propos recueillis par Juvénal KOHEREPEDE

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