Centrafrique : « Nous avons tourné la page de la crise pour envisager le développement de la Lobaye » dixit le préfet Pierre Ngouti

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MBAÏKI, 7 avril 2017 (RJDH)—La préfecture de la Lobaye au Sud du pays, aussi touchée par la crise renait et l’autorité de l’Etat s’instaure progressivement. C’est ainsi que dans une interview accordée au RJDH en fin mars, le préfet de la Lobaye, Pierre Ngouti a relevé que sa préfecture est en train de tourner la page de la crise au profit du développement.

RJDH : Monsieur le Préfet Pierre Ngouti, après la crise et le retour à l’ordre Constitutionnel, dites-vous si les démembrements de l’Etat sont tous en place dans votre juridiction.

Pierre Ngouti : Bien, souvent nous parlons de la crise dans notre pays, c’est une évidence et je pense que de plus en plus, il va falloir que nous ayons à l’idée de tourner la page et de parler du développement, parce que le changement intervenu dans notre pays est irréversible et c’est une marche en avant.

La restauration de l’autorité de l’Etat était une mission première qu’on nous a confiée. L’autorité de l’Etat à un moment donné n’existait plus et il fallait mener avec fermeté la sensibilisation pour la cohésion sociale, la réconciliation nationale et le retour de la paix durable. Ce à quoi nous-nous sommes attelés et aujourd’hui, je pense qu’au niveau des institutions de l’Etat, la Lobaye a déjà un petit bonus. Il y’a une accessibilité, une sécurité relative qui a permis au fur et à mesure d’abord de remettre en place les autorités politiques. Nous avons instauré la réunion mensuelle avec les 13 présidents des délégations spéciales de la Lobaye, et cette réunion nous permet à chaque fois d’évaluer les activités qui sont menées et en même temps de donner des directives.

RJDH : quelle est la situation en ce qui concerne les organes déconcentrés de l’Etat ?

PN : En ce qui concerne les organes déconcentrés de l’Etat, je suis heureux de constater que la plupart des ministères dans le cadre de leur restructuration ont nommé des directeurs régionaux. Nous venons d’installer le directeur régional des eaux et forêts et un responsable de l’entreprenariat, c’est nouveau dans la Lobaye. Je tiens particulièrement à travailler avec ce collaborateur dans le cadre des initiatives pour le développement, notamment la sensibilisation des jeunes pour qu’ils se regroupent dans le secteur agricole. Nous sommes en train de réfléchir sur l’agro-business qui consiste à faire intervenir le secteur privé, les diplômés sans emploi dans l’agriculture. Nous disposons des grands sites qui seront donnés par l’Institut Centrafricain de Recherches Agronomiques (ICRA) pour nous permettre de développer l’agriculture.

La gendarmerie a aussi renforcé son effectif. Je remercie le ministre de la sécurité publique qui nous a envoyé un véhicule à la brigade de la gendarmerie. Au niveau du commissariat de Mbaïki, des policiers ont été affectés et une nouvelle équipe déployée à Zinga.

La restauration de l’autorité de l’Etat doit être marquée par la présence de la Justice. Nous venons d’avoir un nouveau procureur et un nouveau président du Tribunal de grande Instance de Mbaïki, ainsi qu’à Boda. Le Palais de Justice a été construit par la Minusca, nous attendons la réception et les travaux de réhabilitation de la maison d’Arrêt sont très avancés.

Les fonctionnaires sont déployés dans la Lobaye.  C’est une satisfaction pour nous. C’est pourquoi, nous devons tourner la page de la crise pour penser au développement.   La Lobaye a reçu trois fois le chef de l’Etat Faustin Archange Touadera en 6 mois, c’est un signal fort pour la population de la Lobaye.

RJDH : Quelle est la situation sanitaire et humanitaire dans la Lobaye ?

PN : les centres de santé fonctionnent avec l’appui de certaines ONG internationales, en matière de personnel et en médicaments. Mais nous devons penser déjà à l’après appui d’urgence de ces ONG. Au niveau de Boda et Mbaïki. Nous n’avons pas des médecins pour les districts sanitaires. Vous savez qu’à Boda, il y’a une grande population qui a connu  les avatars de la crise ayant frappé notre pays. Mais la cohésion sociale est en train de naitre et paraitre même comme une zone pilote où aujourd’hui, les communautés se retrouvent ensemble. Le projet Alima m’a signalé qu’ils prennent en compte 80% du personnel de santé à Boda et ils m’ont averti qu’après l’action humanitaire, ils vont passer à la phase du développement et de plus en plus retirer leurs appuis. Cela veut dire que le ministère de la santé devrait faire des efforts pour nous affecter du personnel.

RJDH : Et en ce qui concerne l’éducation dans la Lobaye ?

PN : Le problème de l’éducation se pose au niveau de l’insuffisance du personnel qualifié. Ici, pour parer à cette situation, le Centre Pédagogique Régional a mis en place un programme avec l’Inspection Académique, la formation des instituteurs communautaires avec l’appui de l’Unicef et Coopi. Il y’a eu la réhabilitation des écoles et dotations en quelques matériels pédagogiques.

Pour relever le niveau de nos enseignants, nous avons expérimenté ici les bibliothèques numériques grâce à l’Ambassade de France. Ces liseuses électroniques ont été distribuées à chaque directeur d’école de toute la Lobaye et ils ont été formés, c’est ce qui fait qu’en temps réel, un enseignant qui se trouve dans une salle de classe peut utiliser sa liseuse électronique et cela simplifie la préparation des fiches de cours.

Il y’a aussi les formations continues pour les enseignants. Il y’a des écoles mais il manque des tables-bancs. Il y’a surnombre dans les salles de classe et selon les dernières statistiques du ministère de l’Education, on compte en moyenne 100 élèves dans une salle de classe. C’est énorme. Et nous devons combattre la déperdition scolaire surtout chez les filles.

Le lycée de Mbaïki est dans un état de délabrement total. J’ai informé l’Inspection Académique et aujourd’hui, j’ai reçu la note de l’Association des Ressortissants de la Lobaye, 2e génération avec qui nous avons fait l’évaluation des besoins pour la réhabilitation.

RJDH : Le gouvernement a placé la relance économique parmi les priorités. Comment la Lobaye pourra contribuer à cette politique ?

PN : Nous avons déjà lancé la campagne agricole ici. La campagne café est lancée l’année dernière et j’attends les données sur le tonnage des cafés récoltés en 2016. Pour 2017, les acheteurs agrées sont déjà sélectionnés et nous attendons.

Le ministre de l’agriculture avait lancé à Dede-Mokouba la campagne Cacao. Vous savez que pendant la crise, il y’avait 20.000 planteurs de Cacao dans la Mamberé-Kadei qui n’ont pas véritablement cultivé. Malgré ça, toutes les productions sont vendues au Cameroun et c’est un manque pour la RCA. C’est pourquoi le gouvernement avait décidé d’organiser cette filière et étendre la culture dans d’autres préfectures

RJDH : Monsieur le préfet l’exploitation anarchique des bois se fait dans la Lobaye ainsi que la destruction de la forêt. Quelles sont les dispositions que vous avez prises pour lutter contre ces pratiques ?

PN : Oui, nous avons constaté qu’il y’a des gens qui n’ont pas d’autorisation mais qui viennent avec des tronçonneuses pour couper nuitamment les arbres et en font des planches. Maintenant, avec le ministre de l’environnement, eaux-et forêt chasse et pêches, nous allons envisager des mesures assez sévères contre ces gens.

L’année dernière il y’a eu beaucoup de cas de feu de brousse qui a détruit la forêt. Nous subissons les conséquences dues au réchauffement climatique. Grâce à votre interview l’année dernière dans la forêt de Baker incendiée, nous avons eu beaucoup d’appel, de soutien des bonnes volontés pour le déboisement. Le projet PEDERESO, qui avait quitté à cause de la crise est revenu au niveau des eaux et forêts. Toutes les communes qui dépendent des sociétés forestières et taxes d’abatages doivent avoir des subventions pour se relever. Il y aura aussi la formation des cadres de ces communes pour la mise en route du plan de développement local de chaque commune. Et c’est à base de cas plan que nous allons élaborer le plan triennal de développement de la Lobaye.

RJDH : Pierre Ngouti, préfet de la Lobaye, je vous remercie.

PN : C’est à moi de vous remercier.

Propos recueillis par Fridolin Ngoulou

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L'auteur

Fridolin Ngoulou est journaliste de formation. Il est ressortissant du département des sciences de l'information et de la communication de l'Université de Bangui, où il a obtenu sa licence, première promotion en 2012. Au RJDH, il est Journaliste Reporter, Webmaster et spécialiste des médias sociaux depuis avril 2014. Il est membre de plusieurs organisations professionnelles des médias.

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